Conseillers régionaux : le partage inégal de Paul Biya

En dehors du fait que la répartition des conseillers régionaux par région ne tient pas compte du poids démographique et de la densité de la population, le nombre de représentants par département cause aussi un sérieux problème.

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Paul Biya fait des calculs sur la répartition régionale

Le décret du président de la République fixant le nombre de Conseiller régionaux par département et par catégorie est tombé au soir du 02 septembre dernier. Quoique très attendu pour peaufiner le processus qui pourra aboutir d’ici peu à l’organisation des toutes premières élections régionales au Cameroun, ce décret du président de la République porte en lui, « les stigmates d’une répartition inique », commente Anderson Ella, acteur politique. La pierre d’achoppement est que, s’appuyant sur la loi du 25 avril 2019, ce décret harmonise à 90 le nombre de Conseillers par région ; soit 70 délégués des départements et 20 représentants du commandement traditionnel, sans tenir compte du poids démographique, de la densité de la population et du nombre d’arrondissement de chaque région.

Adamaoua : La Vina se taille la part du Lion

Dans la région de l’Adamaoua, le partage des délégués de département semble être des plus inégaux. Le département de la Vina a droit selon le décret du président à 25 délégués de département contre 14 pour le département du Mbere dans la même région. On note ainsi que le département de la Vina comporte près de deux fois le nombre de délégués de département que celui du Mbere. Pourtant sur le plan démographique les deux départements comptent respectivement 15 650 habitants pour une densité de 9.1 habitants Km2 et 111 450 habitants pour une densité de 7.8 habitants au Km2.

Centre : Le Nyong et Kelle rafle tout

Avec seulement 300 000 habitants, le Nyong et Kelle dans la région du Centre s’en sort avec 12 sièges au futur Conseil régional, très loin devant le Mfoundi 09 conseillers régionaux seulement. Pourtant selon le dernier recensement réalisé en 2005, le Mfoundi à lui seul compte plus de 3 millions 500 000 habitants. Même si la région du Centre essaye de respecter l’équilibre d’un délégué de département par arrondissement, le déséquilibre demeure du fait que certains arrondissements sont nettement plus peuplés et plus denses que d’autres. Dans l’ensemble des régions francophones, le département du Mfoundi qui est selon le recensement de 2005, le département le plus peuplé du Cameroun apparaît comme la plus grosse victime de « cette répartition politique », selon l’analyste Ambroise Ernest Mbui Nguh. Il n’obtient que 09 sièges au futur Conseil régional contre 35 pour le Wouri, 28 pour le Haut-Nyong, 33 pour la Bénoué, tous moins peuplé que lui. Pour ce qui est de la répartition des sièges des représentants du commandement traditionnel, la même inégalité est constatée. Les régions du Centre et de l’Adamaoua avec respectivement 173 et 178 chefferies de 1er et de 2e n’ont bénéficié que de 20 places du commandement traditionnel autant que les régions de l’Adamaoua et du Nord qui n’ont respectivement que 23 et 38 chefferies de 1er et de 2ème degré.

Avis

Aussitôt tombée, le décret du président de la République fixant le nombre de Conseiller régionaux par département et par catégorie suscite déjà des approbations. L’analyste Ambroise Louison Essomba pense que « l’acte du président de la République n’est pas un acte neutre. Et est chargé de symbole politique et démocratique », explique-t-il. Pour lui, on ne peut pas avoir le même nombre d’élus ou de représentants politiques dans tous les départements. « C’est vrai que parfois, au niveau du poids démographique, on aurait pu dire que tel département peut avoir un nombre élevé de représentants dans le cadre de cette élection régionale, au regard de sa démographie. Car, la démographie devrait être le principal critère qui prévaut. Mais au-delà de ce critère, il y a aussi celui de la démocratie. Et à ce niveau-là, le nombre de représentant à l’Assemblée Nationale et au Sénat devrait être pris en compte. » Pour Louison Essomba , « étant donné que l’acte du président de la République est éminemment politique, les considérations politiques ne peuvent pas manquer. » Les mobiles ayant motivé cet acte du président de la République pouvait même se définir en fonction « des chefferies traditionnelles qui sont en osmose avec le pouvoir en place. Et réduire le nombre de places chez celles qui ne sont pas en osmose avec l’Etat » ; conclut-il.

Par Joseph Essama

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