Congelcam-Conac : Les dessous de la crise

Accusé de fraudes fiscales et d’opérations de contrebande, le promoteur de l’entreprise qui a généré des droits de douane d’un montant de 9,5 milliards de francs en 2017 se dit victime d’un règlement de compte.

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"Nous n'avons jamais reçu des enquêteurs de la Conac"

Dès lors qu’on est cité dans une affaire, il ne faut surtout pas faire jouer la loi du silence : cela ne peut que renforcer la suspicion des consommateurs ». La Direction Générale de Congelcam intègre bien cette pensée de Matthieu Lambeaux, le patron de Findus en France. L’entreprise camerounaise a en effet opté pour une communication à tous crins pour répondre aux accusations de fraudes fiscales et douanières -qui culmineraient à près de 32 milliards de francs CFA- portées contre elle par la Commission Nationale Anti-Corruption (Conac). Depuis, la tension est au maximum entre le sénateur Sylvestre Ngouchinghe et Dieudonné Massi Gams. L’affaire par du rapport de la Conac sur l’état de la lutte contre la corruption au Cameroun en 2017, publié le 28 décembre dernier. En ses pages 66 et 67, et sous la dénomination de « la société C. », Congelcam et son directeur général sont entre autres accusés pour la seule année 2015, de : fraude sur les manifestes et les enlèvements, c’est-à-dire une sortie frauduleuse de marchandises du Port ; soustraction de certaines déclarations d’apurement par les Commissaires transitaires ; fraudes sur l’application du Programme de Vérification des Importations (PVI) dont le total des amendes pour la période couverte par l’enquête s’élevait à plus de 225 millions ; transferts irréguliers à hauteur de 4,915 milliards passibles d’une amende de 9,830 milliards ; sommes transférées irrégulièrement soit 5,7 milliards passibles d’une amende de 11,4 milliards. La Conac précise que ses missions se sont déployées, du 17 février au 14 mars de cette année-là, au sein de l’entreprise à Douala et Yaoundé, mais également dans les services de la douane, des impôts, de la Société Générale de Surveillance (SGS) ou encore dans les banques domiciliaires de ses opérations commerciales.

Il y a eu fraude fiscale à Congelcam

Règlements de Comptes ?

En guise de réponse à ces accusations, le promoteur de Congelcam a rédigé une lettre d’« observations » et d’« indignation » à l’intention du président de la Commission nationale anti-corruption (Conac) qu’il accuse d’avoir « formulé des dénonciations calomnieuses et diffamatoires » à son encontre, et à celle de son entreprise. Sylvestre Ngouchinghe dénonce le manque d’objectivité de la Conac et se dit victime de « règlements de comptes »: « Nous relevons pour le déplorer qu’aucune mission d’enquête, de contrôle et d’investigation de votre institution n’a été menée dans notre entreprise, bref nous n’avons jamais été sollicité pour quoi que ce soit dans le cadre de votre travail qui a produit le rapport qui jette ce discrédit à fortes conséquences sur notre entreprise et son directeur général. Il est à noter que travailler sur la base des dénonciations non vérifiées peut être subjectif ». Basant sa ligne de défense sur l’année 2017, où il a importé les marchandises pour un montant de 111,6 milliards de francs CFA ayant généré les droits de douane d’un montant de 9,5 milliards, le patron de Congelcam insiste : « les faits de détournements de deniers publics et autres infractions allégués ne sont qu’une vue de l’esprit de la Conac et son président », le préjudice causé étant quant à lui « incommensurable et devrait engager la responsabilité de l’institution ». Dieudonné Massi Gams se défend : « La méthodologie a consisté de manière globale à l’évaluation des cinq dernières années de mise en œuvre de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption au Cameroun, validée et adoptée par le gouvernement et les partenaires techniques et financiers, soit de 2011 à 2016 ».
Arthur Wandji

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