Cabral Libii : « Je ne pense pas que ce soit un péché de demander ma caution au peuple »

A 40 ans, il se présente comme le symbole de l’espoir pour le Cameroun. Autobaptisé ‘’Macron camerounais’’, cet étudiant connu pour son franc parler, s’est lancé dans un projet politique construit autour du slogan 11 millions de citoyens, jadis 11 millions d’électeurs’’, qui l’a amené à travers le Cameroun et le monde pour conquérir les cœurs de ses compatriotes. A trois jours de la clôture des dépôts de candidatures, l’homme se bat encore pour trouver sa caution, et plaide pour le choix d’un candidat légitime et transparent aux yeux du peuple. 

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Le corps électoral a été convoqué pour le 7 octobre ; le mouvement 11 millions de citoyens est-il prêt ?

Je suis encore en train de chercher les 30 millions de caution. Vous entendez l’hymne qui est chanté derrière ; on est à une cérémonie de levée de fonds à Douala, précisément à Bonamoussadi, que la coordination du mouvement dans le Wouri a organisée.

A 72h de la clôture des dépôts de candidatures, êtes-vous certain d’avoir de pactole ?

Oui je garde la foi et la conviction que mes compatriotes qui sont mobilisés et déterminés vont y parvenir.

Est-ce qu’il fallait attendre la dernière minute pour rechercher cette caution ? Ça n’aura pas une incidence sur le réalisme dont vous avez fait montre jusqu’à présent ?

Non, je ne sais pas. Quand on dit dernière minute, je ne sais pas où il y a la première minute. Je reste convaincu que si le peuple le veut,… Moi j’ai dit ‘’je serai le candidat du peuple ou je ne serai pas candidat’’. Mais j’ai toujours été convaincu que pendant cinq jours, le peuple pouvait lever 30 millions. C’est 30 mille personnes qui donnent mille  francs ! Si le peuple ne peut pas se mobiliser, si je ne peux pas avoir 30 mille personnes qui se mobilisent pour payer une caution, cela veut dire qu’aller à l’élection est une moquerie ; parce que ça commence par-là. Moi j’ai parié sur la participation populaire. C’est pour ça que j’ai travaillé sur les inscriptions, c’est pour ça que je travaille sur le vote. Je mise sur le peuple. Dans mon approche de la politique, c’est le peuple qui décide, c’est la volonté du peuple qui prévaut. Moi je veux être le candidat du peuple, je n’ai pas à avoir honte de demander de l’aide à ce peuple ; je n’ai pas à aller chercher les moyens dans les endroits  cachés, pour ensuite… Non je demande au peuple, rien qu’à ce peuple, de se mobiliser pour la caution. Ils ont encore quelques jours. S’ils se mobilisent, j’aurais la caution, s’ils ne se mobilisent pas, tant pis.

Du coup l’excuse pourra être facile. Vous direz, ‘’le peuple n’a pas voulu’’. C’est ça ?

Non ! Ça ne sera pas une excuse, mais ce sera la vérité ; ce sera la vérité. Moi je n’ai misé que sur le peuple. 11millions d’inscrits, c’est le peuple. 11 millions de citoyens, c’est le peuple. Moi je n’ai jamais été riche. Le travail que je fais, mon parcours, ne me permettent pas de me prévaloir des millions et des milliards. Maintenant, ceux qui ont fait de la

 

« Si le peuple veut que j’aille aux élections, qu’il m’aide »

politique depuis un certain temps, ont habitué le peuple à distribuer de l’argent ; c’est-à-dire qu’on estime que demander de l’argent au peuple c’est se rabaisser. On préfère aller prendre de l’argent à l’étranger. Les gens préfèrent demander de l’argent en cachette dans les réseaux et donner l’impression qu’ils sont prêts pour aller aux élections. J’ai peut-être la moitié de l’âge de certains candidats qui, eux, ont fait leurs vie, ont occupé de hautes fonctions, ont eu des parcours très brillants qui leur ont permis d’économiser de l’argent. Moi je suis différent d’eux, mais ce n’est pas pour autant que je dois être disqualifié de l’élection. L’on ne peut pas être disqualifié d’une  élection simplement  parce qu’on n’a pas de l’argent. C’est mon pari. Et je dis donc que si ce peuple veut que j’aille aux élections, qu’il m’aide à y aller. S’il ne m’aide pas, mais écoutez, il m’aidera peut-être une autre fois.

Vous avez trouvé l’occasion de vous disculper des soupçons des financements étrangers…

Je ne me disculpe de rien, je suis dans mon approche. C’est ceux qui m’insultent. Vous savez on m’a d’abord accusé d’être pauvre, ensuite d’être le pion du régime, ensuite d’être encore pauvre, maintenant, d’être le pion de Christopher Fomunyoh, après, de la CIA (Central intelligence agency, les services secrets américains, Ndlr). Je lis tout et n’importe quoi. Mais moi je l’ai toujours dit, je reste constant : c’est par le peuple que j’agis ; c’est le peuple qui décide. Ahidjo n’était pas riche en 1960, Paul Biya n’était pas riche en 1982 ; je ne sais pas pourquoi en 2018 il faut être riche pour prétendre à l’élection présidentielle. Je reste convaincu que même un milliard de francs peut être levé par un million de personnes qui cotisent chacune mille francs. Et il faut que le peuple comprenne, que si nous voulons un dirigeant solide, un dirigent capable de résister aux pressions multiples, il faut qu’il soit légitime. Et pour qu’il soit légitime, il faut qu’il repose sur le peuple. C’est comme ça. Même Barack Obama dans la première puissance mondiale l’a fait en demandant 5 dollars, 10 dollars, pour y aller. Et je le dis encore, si le peuple le veut, en trois jours on peut lever 30 millions ; en un jour même. On s’est préparé en créant les mécanismes qui permettent cela : on a ouvert des comptes associations à Orange et Mtn ; ce que beaucoup de gens ne connaissent pas, pourtant c’est légal. Ce sont les comptes qui ne sont pas limitatifs, qui peuvent recevoir même en un seul jour dix millions.

Pourquoi n’y parvenez-vous pas ?

On a créé à Orange, on a créé à Mtn. On a ouvert des comptes dans des banques. J’en ai ouvert dans certaines banques nationales qui ont non seulement fermé nos comptes avec de l’argent dedans, mais ont même licencié leurs personnels qui nous ont ouvert ces comptes. Mais il y en a d’autres qui ont des comptes. On a créé ces comptes depuis ses semaines, depuis des mois. On a créé des plateformes sur internet qui permettent aux gens qui se trouvent n’importe où dans le monde de nous aider. Comment ça s’explique que j’aie un groupe facebook de près de 190 mille personnes et que je ne puisse pas trouver parmi, 30 mille personnes qui puissent me donner chacune mille francs ? C’est ça le paradoxe. Donc par cette opération, par ma campagne, je veux rééduquer les Camerounais, leur réapprendre à participer, plutôt que d’attendre les transfuges du

« Certaines banques nationales ont fermé nos comptes»

 

système ou les transfuges de l’étranger qui prennent de l’argent on ne sait où. Il faut qu’on commence à être transparent même sur l’argent de campagne. Il faut que chacun puisse dire où il prend son argent pour battre campagne. Je ne sais pas pourquoi il y a de l’opacité autour de cette affaire. Et ceux qui cotisent pour les gens doivent pouvoir assumer. Il faut arrêter cette hypocrisie qui veut que des gens cotisent pour Paul Biya en journée, la nuit ils cotisent pour les autres candidats. Moi je ne veux pas faire cette politique-là ; parce que c’est la politique de l’embrigadement. Une fois que tu es élu, tu es à la solde de ceux qui ont cotisé la nuit pour que tu arrives. Je veux être le candidat du peuple, le candidat transparent, le candidat qui a les mains libres et les coudées franches pour appliquer le programme sur la base duquel il a été élu. Telle est ma position, et j’espère que ça va marcher. Maintenant, si ça ne marche pas, on en tirera les conséquences et on se préparera pour les élections à venir. Mais je reste convaincu qu’on va trouver les moyens pour y parvenir.

Peut-on faire le point de l’opération 11 millions d’électeurs/citoyens ?

11 millions de citoyens ? Oui il en existe déjà. Parce qu’un bon citoyen n’est pas forcément celui qui a l’âge de voter. Un bon citoyen c’est celui qui est conscient de ce qu’il doit participer au jeu politique. Même quand on n’a pas l’âge de voter, on peut participer pour promouvoir un candidat, ou pour promouvoir un projet de société. On peut participer pour sensibiliser. Il ne faut pas rester cloitré et penser qu’on ne commence la politique que quand on a 20 ans, l’âge de voter. C’est le travail que nous avons abattu sur le terrain, celui du réveil politique, du réveil démocratique, consistant à redorer de l’attrait à la chose politique. La preuve, aujourd’hui grâce à cette opération, les gens s’intéressent, les gens

« je ne participe qu’à une coalition qui tienne compte de la volonté du peuple »

 

veulent savoir si on est inscrit, si les gens cotisent, si on sera candidat. Aujourd’hui (le 16 juillet), j’ai lancé l’appel sur radio Balafon, il y a un jeune qui s’appelle Mesmin Yeutcheu, qui a suivi et est venu me donner 30 000F. Je lui ai demandé, ’’tu me demandes ton argent ?’’. Il m’a répondu : ‘’je suis un débrouillard, j’ai reçu ton appel et je suis venu te donner mon aide’’. Pour moi c’est plus que 10 milliards que tu reçois d’un magnat du pétrole aux Emirats. C’est ça que je veux ramener dans le jeu politique au Cameroun : la légitimité, la transparence, et même la simplicité. Arrêtons de vendre le profil de l’homme providentiel qui sort de je ne sais où, avec toutes les soumissions. Autant j’ai passé tout mon temps à construire mon projet de société, à recourir aux Camerounais, à leur demander quels sont leurs problèmes, quels sont les solutions que nous pouvons proposer, autant je leur dis, ‘’aidez-moi aussi à trouver l’argent pour la caution, aidez-moi à trouver l’argent de campagne’’. Je ne pense pas que ce soit un péché de le faire. En aucun cas je me sens rabaissé. Bien au contraire.

En clair, il n’y a pas de chiffres d’inscrits ?

Non c’est Elecam qui donne. Attendons qu’Elecam publie les chiffres et en ce moment-là, nous ferons la confrontation avec les nôtres. Donc attendons qu’Elecam rende public le nombre officiel d’inscrits.

Et pour sortir, est-ce possible que votre mouvement coalise avec d’autres partis, peut-être de l’opposition ?

Oui, j’ai la même réponse à chaque fois. C’est possible. Moi j’attends. J’ai proposé les primaires, ça n’a pas obtenu la faveur des autres candidats. Ma position est la même : je ne participe qu’à une coalition qui tienne compte de la volonté du peuple ; et non une coalition construite sur la condescendance.  Du genre ‘’je suis le meilleur candidat, et vous autres, parce que vous êtes pauvres, parce que vous êtes jeunes, vous devez vous aligner derrière moi’’. Non ! Je dis ‘’trouvons les mécanismes de choix’’ du candidat unique de l’opposition qui tiennent compte de la volonté du peuple. Je ne voudrais en aucun cas m’associer à une expérience qui finit comme celle de 2004 où des gens sont entrés dans une chambre, se sont entendus, mais comme ce n’était pas du goût de tous, au sortir de là, chacun a pris sa route. Je ne veux pas me retrouver dans une histoire fantaisiste comme celle-là. C’est comme ça que je reste convaincu que la meilleure approche est celle qui intègre la volonté du peuple.

Propos recueillis par Ludovic Ngouéka

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