Bon à savoir : Pourquoi l’Etat procède à des aménagements fiscaux

D’après des spécialistes, face au contexte économique morose, marqué par la rareté des ressources, le gouvernement se devait d’utiliser un nouveau levier pour faire face à ses différents engagements et réduire son niveau d’endettement.

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Pour de nombreux spécialistes, les nouvelles taxations contenues dans la loi de finances 2020 ne sont en rien surprenantes. « Le contexte économique actuel qui se traduit par une rareté accrue des ressources financières ne pouvait que déboucher sur une telle décision. Il faut pouvoir être réaliste et voir la réalité en face », explique Vincent P, économiste. Pour Jean Louis B, cette mesure d’élargissement de l’assiette fiscale ne pouvait pas mieux tomber. « On a encore une bonne partie de notre économie qui ne supporte pas la taxation. Il est donc important de procéder à des mesures d’élargissement de l’assiette fiscale ». Dans une interview accordée à Défis Actuels en octobre 2018, le fiscaliste Albert Léonard Dikoumé avait déjà prédit cet élargissement de l’assiette fiscale. Les raisons qu’il avançait reposaient sur le fait que : « l’essentiel des ressources du budget de l’Etat proviennent des recettes fiscales, hormis les ventes de pétrole brut (quote-part de l’Etat). Ce sont ces ressources qui doivent permettre à l’Etat de réaliser ses ambitions en matière de développement ». Le fiscaliste avait à cette occasion suggéré d’autres niches fiscales qui pouvaient être exploitées pour permettre à l’Etat de moins recourir à l’endettement : « il existe de nombreuses niches fiscales que l’Etat peut exploiter pour augmenter ses recettes. Certaines sont connues par l’Etat, et d’autres ne le sont peut-être pas. On peut citer entre autres la maîtrise des dépenses fiscales et des prix de transfert dans le secteur extractif ».

En outre, si pour certains analystes, cet élargissement de l’assiette fiscale va accroître la pression fiscale, Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie et des Finances, déclarait face à ses pairs le 8 octobre dernier, au cours de la réunion des ministres des Finances, que le « taux de pression fiscale demeure faible dans les pays de la zone franc ». Elle se situe, arguait-il, « à moins de 20 % du Produit Intérieur Brut dans la zone franc, elle devrait atteindre ce chiffre en 2020 », disait-il. Et comme pour mieux soutenir son propos, Bruno Le Maire suggérait alors l’argument de l’« énorme potentiel fiscal inexploité » dont disposeraient les pays membres de la zone franc. Par conséquent, avait-t-il soutenu, il faut « améliorer la collecte des taxes afin de disposer de plus de ressources pour financer leur croissance. » Car, a-t-il martelé, « une meilleure mobilisation des recettes fiscales, c’est plus de croissance et c’est moins d’endettement ». D’ailleurs l’un des spécialistes des questions fiscales, Alain Symphorien Ndzana Biloa, soulignait récemment que : «si on prend les données sur le Cameroun qui est la première et la plus diversifiée des économies de la Cemac, le taux de pression fiscale dans cette zone oscille entre 16 % en 2015 et 15,1 % en 2016. Or, tous les experts sont d’avis que la part des prélèvements obligatoires dans la richesse nationale doit atteindre au moins 25 % pour être significative et engendrer un véritable développement. Il faut dont faire encore des efforts pour optimiser la collecte des impôts dans la zone Cemac ».

Par Junior Matock

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