Bafoussam : plaidoyer des femmes pour le droit à la propriété

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C’était au cours d’un atelier de formation sur la défense des droits fonciers, organisé la semaine dernière dans la capitale de la région de l’Ouest.

Les droits fonciers des femmes et veuves au Cameroun constituent encore une grosse problématique. La gent féminine en souffre et veut se défaire de la confiscation et l’escroquerie de leurs terrains par les hommes. Grâce à l’association Horizon femmes, quelques lueurs d’espoir jaillissent déjà. C’est à ce titre que le réseau de femmes et fonciers avec l’appui de cette association continue à intensifier les ateliers de formation. La ville de Bafoussam a encore eu l’honneur d’accueillir les femmes de l’Ouest et du Centre la semaine dernière. L’occasion était celle de renforcer leurs capacités pour la défense de leurs droits fonciers. « Il a été question de former les femmes, de les informer et de les outiller dans la manière et les procédures de mise en place d’un réseau », renseigne Laurence Ndongo, para-juriste du département de la Lékié dans le projet Femmes et fonciers. Pendant toute la journée, les femmes ont échangé sur les difficultés qu’elles rencontrent pour l’obtention et la sauvegarde de parcelles de terrains à elles dues. Avec l’aide des facilitateurs du jour, elles ont tour à tour ressorti les craintes et les différents obstacles pouvant entraver la bonne marche du réseau. Ceci s’est passé par l’évaluation des activités ne pouvant pas mettre le réseau et les associations en phase, voire l’évacuation des éventuelles luttes de leadership.

Après l’atelier tenu à Bafoussam l’an dernier, beaucoup ont eu du mal à mieux cerner les enjeux. C’est le cas des femmes du Haut Nkam : « Je suis là pour un recyclage d’Horizon femmes que nous avons commencé l’année passée. C’était petit pour un an surtout pour moi avec un grand nombre de femmes à gérer dans mon territoire », explique Moyo Ngangue Monique, présidente départementale des Femmes Veuves du Haut Nkam. D’après elle, les Femmes Veuves du Haut Nkam rencontrent d’énormes difficultés pour entrer en possession des terrains après la mort de leurs époux. Cette situation tend d’ailleurs à se décanter avec l’aide des ateliers du genre. Tick Ndewe Armand, responsable du projet femmes et fonciers à Horizon femmes pense que les lignes bougent déjà: « parmi les grandes activités du projet il y avait le plaidoyer, l’appui des femmes à l’accès aux titres fonciers entre autres. Sur ce plan là le bilan (de l’année dernière) est positif parce qu’en terme de plaidoyer beaucoup d’autorités administratives et traditionnelles se sentent engagées à soutenir les femmes dans la défense de leurs droits. Nous avons aussi appuyé plusieurs femmes à l’obtention de leurs titres fonciers ». Au terme de cet autre atelier, trente (30) leaders féminins dont deux (02) para juristes ont été sensibilisés et outillés pour défendre les droits fonciers des femmes. Elles se chargeront d’animer et de gérer la plateforme mise sur pied pour la cause.

A l’origine du combat

Les études menées entre 2005 et 2014 avaient présenté un tableau peu reluisant de la possession des terres par les femmes. La misogynie ambiante ayant fait main basse sur cette liberté de possession terrienne. Discrimination de tout ordre : préjugés sociaux et culturels, escroquerie et violence faites au sexe faible, constituent ce que Horizons femmes taxe « d’injustice faites aux femmes ». Pourtant dans nos milieux, la femme est considérée comme mamelle nourricière. Pour ce fait, elle devrait avoir plus de terre que l’homme. En 2005, il ressort des statistiques du ministère de Cadastre, des Domaines et des Affaires Foncières que 4200 titres fonciers avaient été établis aux hommes contre 869 pour les femmes dans l’ensemble du territoire national. En 2013, les femmes n’ont obtenu que 2309 titres fonciers (19 %) contre 11 937 pour les hommes. Spécifiquement dans la région de l’Ouest et du Centre, la situation reste préoccupante. Ici, les femmes possèdent jusqu’à récemment 1 % des titres enregistrés au Cameroun contre 3,1 % pour les hommes. Nonobstant l’évolution et la recherche d’une certaine égalité de sexe, les femmes sont sur ce plan ravagées au second rang. Pourtant, les elles dominent le secteur agricole à hauteur de 87 %. Ceci est d’autant plus inquiétant que la prise en compte des affaires foncières en faveur des femmes est longtemps restée « un gageur et de l’imbroglio juridico-culturel ». Voilà en quelque sorte ce qui a motivé le combat des femmes. Le réseau femmes et foncier, à travers l’association Horizon femmes s’est lancé dans la défense et la sauvegarde des droits fonciers des femmes. La multiplication des ateliers de formation a réveillé les consciences des femmes. Aujourd’hui l’aventure porte déjà quelques fruits. En deux ans, la région de l’Ouest a pu obtenir plus de 12 titres fonciers pour femmes. Selon Armadn Tick Ndewe, responsable du projet Femmes et foncier, « des dossiers sont en cours de traitement actuellement et s’il y a une issue positive, l’on passerait à une quarantaine de titres fonciers ». Ce qui pour lui est une satisfaction puisque l’objectif avait été pour cette année d’obtenir au moins 20 titres fonciers. Ce d’autant plus que cette bataille a emmené « les autorités administratives et traditionnelles à se sentir engagées à soutenir les femmes ». Filles, femmes et veuves pourront désormais se sentir moins marginalisées.

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