Affaire Maurice Kamto : La mise en garde de l’Union européenne

La haute représentante de l’institution a fait une déclaration sur la détérioration de la situation politique et sécuritaire au Cameroun.

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Federica Mogherini: Yaoundé doit arrêter

« L’arrestation et la détention prolongée de plusieurs dirigeants d’un parti de l’opposition, dont son leader Maurice Kamto, et d’un nombre important de manifestants et de sympathisants, ainsi que l’ouverture de procédures disproportionnées à leur encontre devant la justice militaire, accroît le malaise politique au Cameroun », écrit Federica Mogherini, la haute représentante de l’Ue, dans une déclaration faite ce 5 mars 2019 sur la détérioration de la situation politique et sécuritaire au Cameroun. Pour la responsable de Bruxelles, « L’état de droit demande une justice équitable et la libération des détenus à l’encontre desquels des preuves probantes ne peuvent être présentées ». Une prise de position claire sur une affaire pour laquelle le régime de Paul Biya croit détenir des criminels hors pair. De par les conditions d’arrestation, de détention et le choix du tribunal devant connaître de l’affaire. Dans le cadre des « marches blanches » initiées par le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc), des manifestations de dénonciation du hold-up électoral organisées le 26 janvier dernier avaient été étouffées sur le territoire national pendant qu’à Paris et Berlin, les ambassades du Cameroun avaient été saccagées par des manifestants déchaînés. Après avoir interpellé quelques marcheurs, les forces de défense et de sécurité avaient par la suite interpellé deux jours plus tard Maurice Kamto, le président du Mrc et certains de ses proches à Douala au domicile d’Albert Dzongang. Toutes ces personnes arrêtées dans plusieurs villes du territoire avaient été conduites nuitamment à Yaoundé, pour être détenues pendant plus de deux semaines, avant d’être présentées au commissaire du gouvernement du tribunal militaire de Yaoundé qui les a placés à la prison de Kondengui. Lequel poursuit les auditions de Maurice Kamto, pendant qu’une partie de ses militants et sympathisants suivent désormais une procédure au Tribunal de Grande instance du Mfoundi. Les hauts cadres du parti d’opposition risquent la peine de mort ou la peine capitale puisqu’ils sont inculpés pour terrorisme entre autres.

Jean de Dieu Momo à l’index

Alors que ces procédures semblent s’enliser avec des avocats récusant la compétence du tribunal militaire, le débat sur la place public s’envenime entre partisans et adversaires du Mrc. Avec des relents de tribalisme poussés. A la déception de plusieurs défenseurs des droits de l’homme. Et dans sa sortie, l’Ue ne loupe pas Jean de Dieu Momo qui a cru devoir jouer sa partition contre « sa tribu ». Le ministre délégué auprès du ministre de la Justice, garde des sceaux (Minjustice) qui, le 3 février dernier, avait au cours de l’émission Actualité Hebdo sur les antennes de la télévision nationale, mis en garde les Bamiléké dont est originaire Maurice Kamto et lui-même, sur l’intérêt qu’ils portent sur le fauteuil suprême de l’Etat. « L’émergence de discours de haine basés sur l’appartenance ethnique, tenus par certains médias et acteurs politiques, dont récemment un membre du gouvernement, est un facteur additionnel d’inquiétude », souligne Federica Mogherini.

Crise dans le Nord-Ouest et dialogue

Pour Bruxelles, la priorité du Cameroun est ailleurs. Du moins dans un contexte d’apaisement. « La réponse aux défis importants auxquels le pays est confronté ne pourra que passer par un dialogue politique inclusif et dans un contexte de respect des libertés fondamentales et l’Etat de droit », rappelle le partenaire de Yaoundé. « Ceci constitue également le socle pour le partenariat entre le Cameroun et l’UE, au bénéfice de tous les Camerounais », pousse-t-il un peu plus loin le bouchon. Une menace en douce, à ce qu’il semble. D’autant plus que dans des relations qu’elle entretient avec le Cameroun, l’Ue accorde une importance capitale aux questions de développement et de droits de l’homme. Et même si les questions politiques n’y occupent pas une place de choix, il reste que l’Ue a toujours apporté son soutien au Cameroun dans sa construction démocratique.

Pour autant, le partenaire a manqué parmi les observateurs de l’élection présidentielle du 7 octobre 2018. Sans se prononcer. Une grande première depuis plusieurs décennies. Mais dans le cadre de la crise post-électorale, Bruxelles a retrouvé sa place au-devant de la scène. Toujours est-il que « l’Ue soutiendra toute initiative dans [le] sens du dialogue politique inclusif et dans un contexte de respect des libertés fondamentales et l’Etat de droit », garde-t-elle la porte entrouverte. Un œil resté ouvert sur la crise dans le Nord-ouest et le Sud-ouest. « La persistance de la violence et des violations des droits de l’homme dans les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest du Cameroun a causé un nombre inacceptable de victimes et un impact lourd en termes humanitaire et économique », mentionne-t-elle.

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